Arenberg Stichting

Boekvoorstelling:
La Maison d’Arenberg en Wallonie, à Bruxelles et au Grand-Duché de Luxembourg
depuis le XIVème siècle. Contribution à l'histoire d'une famille princière
Publicatie onder leiding van Jean-Marie Duvosquel en Denis Morsa

Algemeen Rijksarchief, Brussel, 14 december 2011

 

Prof. Jean-Marie Duvosquel

Jean-Marie DuvosquelNous sommes réunis aujourd’hui dans un lieu symbolique, les Archives générales du Royaume : c’est ici qu’est conservée une partie de la mémoire de la Maison d’Arenberg, puisque le duc Engelbert-Marie a offert aux AGR en octobre 1918 l’ensemble ou à peu près des archives de la gestion domaniale, comme le précisera bientôt Claude de Moreau de Gerbehaye.
         Toutes les familles ont le même âge mais il y en a qui ont laissé des traces plus ou moins lointaines – millénaires parfois comme les Arenberg – en raison de leur rôle dans l’Histoire.
         Arenberg est un modeste village de l’Eifel, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière de la Belgique actuelle. Ses seigneurs, qui apparaissent dans les documents au XIe siècle, connaissent une ascension sociale et deviennent burgraves de Cologne. Cette première Maison d’Arenberg s’éteint avec Mathilde qui décède vers 1350. De son mariage avec Engelbert de La Marck elle a un fils qui relève le nom et hérite des biens familiaux : c’est le point de départ de la deuxième Maison d’Arenberg, les La Marck-Arenberg. Même processus trois siècles plus tard quand Marguerite, la dernière héritière La Marck-Arenberg, transmet le nom et le patrimoine au fils qu’elle a eu de Jean de Ligne : la troisième Maison, dont descendent tous les porteurs du nom qui vivent aujourd’hui, s’ouvre donc à la fin du XVIe siècle avec Charles d’Arenberg.
         Les titres portés par les Arenberg évoluent au fil des siècles : simple seigneur de village, burgrave, comte, prince en 1576, duc en 1644, Altesse Sérénissime pour le chef de famille en 1823 et pour tous peu après, ce qui fut confirmé par le roi Baudouin en 1953. La petite seigneurie devint ainsi le siège d’un duché et l’Histoire fit bientôt des Arenberg une famille régnante en Rhénanie.
         Je me suis intéressé à l’histoire de cette illustre famille de façon toute logique. La mort sans postérité de Charles de Croÿ en 1612 fit passer le titre ducal et le patrimoine de cette branche des Croÿ, la plus riche et de loin, à sa sœur Anne, l’épouse de Charles d’Arenberg. Pour préparer l’édition des Albums de Croÿ, il m’a fallu tout naturellement prolonger ma recherche en direction des Arenberg.
         Voilà pourquoi le duc Jean-Engelbert, qui nous a quittés voici quelques mois, confia à mon collègue de la KUL Jan Roegiers la direction  d’un volume sur l’histoire et la présence de sa famille en Flandre, à Bruxelles et aux Pays-Bas, tandis qu’il me demandait d’assumer une mission similaire pour Bruxelles, la Wallonie et le Luxembourg. Dès l’abord, j’ai associé à cette tâche mon ami et collègue Denis Morsa, qui y a investi toute sa compétence et tout son savoir-faire. Ce dessein ducal s’inscrit d’ailleurs dans un projet plus vaste : dès 1987 paraissait le premier volume consacré à l’Allemagne, d’autres sont en chantier pour la France et l’Autriche.


         Comment la famille d’Arenberg est-elle devenue une des grandes Maisons princières de notre pays ?
         Elle s’insinua chez nous par l’évêché de Liège, tout proche de ses racines. Deux La Marck occupent successivement le trône épiscopal durant une bonne moitié du XIVe siècle, non sans favoriser leur parentèle. Erard de La Marck, cent cinquante ans plus tard, fut leur digne successeur, lui qui reconstruisit somptueusement le palais des princes-évêques que nous connaissons aujourd’hui sur la place Saint-Lambert.
         Par une politique matrimoniale et par des achats judicieux, le domaine foncier s’accrut notablement. Confinés jusqu’alors essentiellement dans le pays de Liège et dans le duché de Luxembourg, l’héritage Croÿ  ouvrit aux Arenberg le Hainaut, le Brabant et le Namurois. Au XVIIIe siècle le patrimoine énorme des Gand-Vilain-Isenghien l’étendit en Flandre, dans le nord de la France et en Franche-Comté.
         En 1607, Charles d’Arenberg achète à Henri IV, roi de France, la seigneurie d’Enghien. Ce sera désormais le siège de cette famille qui y aura son château et, jusqu’à nos jours, sa nécropole.
         Après l’acquisition du palais d’Egmont à Bruxelles en 1754 et sa reconstruction presque totale, la famille et son administration se fixa de plus en plus à Bruxelles, partageant son lieu de résidence avec le château d’Héverlée. Il en fut ainsi jusqu’à la première guerre mondiale.
         Cette implantation dans presque toutes nos anciennes principautés devait évidemment mener les Arenberg aux plus hautes fonctions. Dès le XVIe siècle, ils sont à la cour de Philippe II et des Archiducs, conseillers et chefs d’armée. Ils occupent durant plusieurs générations le poste de grand-bailli du comté de Hainaut, c’est-à-dire qu’ils en sont les gouverneurs pour ne pas dire les vice-rois. On les retrouve aussi à Namur et à Luxembourg par exemple.
         Ils revêtent des fonctions plus symboliques aussi. Ainsi, ils sont châtelains de Bruxelles dès la fin du Moyen Age. A ce titre, ils avaient une résidence qui devint le palais d’Arenberg, détruit lors du bombardement de Bruxelles en 1695. Il a laissé jusqu’à nos jours son nom à la rue là où se dressait. Erard de la Marck, l’évêque de Liège dont il a déjà été question, y habita occasionnellement : au titre de paroissien de Sainte-Gudule, il a offert à la collégiale le splendide vitrail toujours en place. Mais il y a bien d’autres marques Arenberg à Bruxelles.
         Une des caractéristiques des Arenberg, c’est d’avoir toujours vécu avec leur temps, notamment sur le plan économique : propriétaires fonciers et forestiers évidemment, ils se lancent dès la fin du XVIIIe siècle dans les charbonnages et la sidérurgie, au XIXe siècle dans la banque et sont proches de Ferdinand de Lesseps quand celui-ci fonde la compagnie du canal de Suez. Mais Denis Morsa vous en dira plus dans quelques instants.
         Les Arenberg ont été de tous temps de grands collectionneurs. Ils ont hérité en 1612 d’une grande partie des trésors de Charles de Croÿ. On se rend compte de l’ampleur de ces collections au travers d’inventaires, comme les bordereaux des transferts de meubles, tableaux, livres lorsque Philippe d’Arenberg est exilé à Madrid où il meurt en 1640.
         Le palais de Bruxelles au Sablon est au XIXe s. un véritable musée regroupant des pièces importantes d’égyptologie, des antiquités gréco-romaines, des peintures, sculptures, livres et tapisseries que les ducs ouvrent généreusement au public, fait alors exceptionnel. Chez les Arenberg, on conserve tout depuis des siècles : ainsi les costumes sont là aujourd’hui depuis le XVIIIe s. comme les étonnantes partitions musicales.
         C’est dans cette tradition que se situent les initiatives du duc Jean-Engelbert et de ses enfants sous la houlette du duc Léopold. Je me plais à souligner cet engagement tout à fait exemplaire.
         La présentation du volume qui sort de presse aujourd’hui est une nouvelle manifestation de ce mécénat qui prend des formes multiples, depuis l’ouverture des archives aux chercheurs à Enghien jusqu’à l’attribution de prix parmi d’autres activités soutenant l’idée européenne.
         Ce volume est le résultat d’un travail collectif qui doit beaucoup à Denis Morsa et à tous les auteurs qui, par leurs contributions, ont éclairé bien des aspects de l’histoire de la famille et de sa présence à Bruxelles, en Wallonie et au Luxembourg, bien des aspects aussi de son rayonnement sur le plan artistique, économique et politique. Cet ouvrage est une somme non seulement pour l’histoire locale et régionale mais aussi pour l’histoire de la civilisation et pour l’Histoire tout court.
         En témoignage de gratitude, le duc Léopold remettra personnellement à chaque auteur présent un exemplaire de l’ouvrage dont nous célébrons la parution.
         Au nom du monde de la recherche et des amateurs d’art, je dis un grand merci au duc Léopold, à ses frères et soeur ainsi qu’à Madame la Duchesse Jean-Engelbert, qui sont parmi nous, et j’ai une pensée émue pour leur père et époux, le duc Jean-Engelbert, qui a eu la joie de découvrir le volume en dernière épreuve le 14 juillet dernier, le jour de son nonantième anniversaire. Nous leur devons d’être ici.

 

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